Sommaire Miró
~~~~ Biographie
~~~~ Bibliographie
~~~~
Premières oeuvres Mélange
des genres et des couleurs
Les premiers tableaux de Miró
peuvent surprendre lorsque l'on connaît de l'artiste ses dessins
tout en rondeur tant marqués par l'imaginaire. Le tout premier
dessin que nous possédons du peintre est Le
pédicure , réalisé alors
qu'il avait 8 ans, en 1901. Il faudra attendre quelques années
pour que l'artiste puissent se livrer pleinement à sa passion:
son père avait pour lui d'autres ambitions et refusa longtemps
à son fils le plaisir de peindre. Ses réels débuts au sein du monde
artistique furent marqués par la peinture de Van Gogh, et l'expressionnisme
en général. Tandis que la quasi-totalité des peintres de l'époque
clamait leur dette envers Cézanne, Miró confiait à son ami
André Masson: "Van Gogh, oui. Quant à Cézanne , c'est
de la m.... ." On ressent cette préférence picturale
dans Le portrait de V. Nubiola, qu'il peignit en 1917. A cet date, il
peignit également Le portrait de E.C
Ricart, un ami de l'école
Galí avec qui il partageait un atelier. Dans ce dernier portrait,
l'estampe japonaise est d'une telle finesse qu'elle disparaît
presque sous les couleurs et les formes violentes de la figure de
son ami. La rudesse abstraite des rayures du vêtement de Ricard
écrase les lignes fines et fluides du tableau à l'arrière plan.
Miró met alors en contraste l'art asiatique, très prisé à cet
époque, et l'impressionnisme. L'artiste, qui cherche son style véritable,
apparaît cependant déjà comme un passionné des couleurs. Miró a également très tôt le
soucis de la composition. Il écrit en 1915, dans une lettre à
Bartomeu Ferra: "Tous mes efforts tendent à bien
construire. Mon oeuvre aura plus de force si elle est non
seulement belle de coloris, mais bien construite." Le
Potager à l'âne et L'Ornière (ci dessous) peints en 1918, ou encore La
Ferme de 1921/1922, se
caractérisent en effet par un luxe de détails, et illustrent le
soucis de l'artiste. J.F Rafols, qui plus tard écrira sur Miró,
appela cette période assez critiquée "la phase détailliste".
Jacques Dupin, son biographe, parlait plutôt de "réalisme
poétique". Joan Miró Cette toile, comme Le
Potager à l'âne et les
autres paysages réalisés à l'époque aux alentours de la ferme
de Mont-roig, se caractérise par une attention naïve apportée
aux détails et associe l'iconographie hiératique des retables
gothiques à de délicates fantaisies ornementales. Ses couleurs
ont changé, elles sont maintenant plus naturelles et terreuses. L'artiste fut également
à cet époque inspiré par le cubisme. L'un des derniers
ensembles où Miró associe des éléments détaillistes à des
éléments cubistes est La Table (Nature morte
au lapin) , une nature morte
originale de 1920. Sur une table au dessin cubiste sont disposés
des animaux et des objets d'une peinture naturaliste. Si la table
et l'espace qui l'entoure sont représentés par des formes
triangulaires très stylisées, le lapin, le poisson, les légumes,
les feuilles de vigne et le coq sont, en revanche, d'une écriture
réaliste. Le contraste des styles apparaît très clairement. Les années 20 L'influence des surréalistes de Paris Le second séjour à
Paris de Miró marqua véritablement un tournant dans le travail
de l'artiste. Ces dix années furent très fertile du point de
vue artistique. La plupart des historiens qualifient ces années
passées rue Blomet de phase héroïque et déterminante dans sa
carrière. Miró cesse en effet peu à peu d'emprunter aux fauves
et aux cubistes pour entrer progressivement dans un univers
fantastique d'êtres et de symboles. Que s'est-il passé? Au
contact des écrivains et peintres surréalistes de Paris, Miró
a simplement suivi son penchant naturel pour le rêve et l'imagination
sans contrainte. Ses toiles sont remplies d'êtres et d'objets
qui n'appartiennent qu'à lui. On est alors en plein surréalisme;
mais, comme le remarque Georges Ribemont-Dessaignes, vieux
compagnon de l'époque " sa force, sa joie native, son
optimisme créateur sont en opposition avec l'angoissé, le
bizarre, le ténébreux et l'occulte surréaliste." Au delà de toute compréhension
anecdotique, ce qui importe, c'est l'évolution formelle de Miró.
Le fond des toiles de l'artiste est devenu soit mince et
transparent, soit lisse et opaque. Il a renoncé à essayer de
montrer un espace réel, ou des choses réelles, et s'inspire
directement de la nature et de son imagination. Dans le Paysage catalan (Le Chasseur) ci dessous, réalisé en 1923/1924, Miró a
peint le ciel et la mer d'un jaune chaud et lumineux pour montrer
l'éclat du soleil, qui illumine le ciel et se reflète dans les
vagues. La lumière envahit et aplatit le paysage sur lequel se détache
chaque objet. Miró réalise alors ce qu'il cherchait en 1920: "Je
travaille très dur, m'approche d'un art de concept prenant la réalité
comme point de départ, jamais comme aboutissement." Le Carnaval d'Arlequin, dont nous possédons l'étude ,
est considéré comme l'oeuvre majeure de cette période. Cette
étude est d'ailleurs la preuve que les peintures de Miró, bien
qu'agrémentées d'éléments associatifs ou fortuits, ne sont en
général pas le fruit d'un geste automatique ou totalement
spontanée. Il continue d'ordonner sur tout un espace clos, des
poids et des contrepoids qui prennent ici l'apparence de petites
créatures drôles et fantastiques célébrant un carnaval.
Certaines figures commencent à être reconnues car récurrentes
dans l'oeuvre de l'artiste: un diable, qui jaillit d'un tronc, un
poisson, posé sur une table, une échelle, une flamme, des étoiles,
des feuilles, des cônes, des cercles, des disques et des lignes. Entre 1925 et 1927, Miró
peignit 130 toiles. A titre comparatif, il n'en avait peint qu'une
centaine au cours des dix années précédentes. L'irruption de
la poésie dans les titres, et dans la peinture même, commence dès
cette période. Ceci est la couleur de
mes rêves est l'une des
toiles les plus poétiques, qui contient des mots dont la
calligraphie soignée et féminine fait ressortir clairement le
contraste entre ce qu'un art moderne comme la photographie et un
art traditionnel comme la peinture peuvent réaliser chacun. En
insérant des mots et des phrases dans la construction de ses
tableaux, l'artiste essaie de dépasser la peinture tout en la
reliant à la poésie. Le temps passant, les
toiles de Miró deviennent toujours plus abstraites, et leurs
formes toujours plus organiques. On y sent rôder l'esprit de
Vassili Kandinsky, Jean Arp, ou Paul Klee, dont Miró découvrit
l'oeuvre dans une galerie parisienne en 1925. Les paysages peints
à la fin de cette période, comme le Chien aboyant à la lune (1926),
montrent le talent de coloriste de l'artiste: les couleurs
fondamentales, rouge, jaune et bleu, sont souvent mises en valeur
par deux couleurs de fond. Les portraits
imaginaires, s'inspirant de plusieurs portraits féminins de
peintres anciens, furent abondants vers 1928 et 1929. Le
Portrait de Mrs. Mills en 1750 (d'après Constable) réalisé en 1929, fut exécuté d'après
des portraits historiques. Miró métamorphose les originaux par
son langage des formes d'une portée fantastique. Les années de guerre La peinture au service des armes et des âmes Selon Jacques Prévert, "il y a un
miroir dans le nom de Miró". En effet, l'artiste
retranscrit à sa manière tout ce qu'il voit et entend autour de
lui; mais à présent, il utilise divers moyens d'expression et
expérimente de multiples matériaux. Dés cette période, il façonnait
des assemblages avec toutes sortes de matières et d'objets trouvés;
il peignait, dessinait, faisait des collages sur papier,
mansonite, bois, papier de verre et cuivre. En 1933, il réalisa
une série de dix-huit tableaux à partir de collages qui lui
servirent de motifs d'inspiration. Parallèlement, l'histoire d'Espagne orienta
durant ces quelques années les tableaux de l'artiste. Dans un
premier temps, les hommes sont disloqués, démembrés, éparpillés
sur toute la toile. Tel fut le cas de Peinture, en 1933, ou d'Hirondelle/Amour,
en 1934. Dans ce dernier tableau, les lignes entrelacées relient
les mots au dessin. Cette technique mêle habilement les mots aux
formes, les intègre à l'oeuvre comme s'ils avaient été tracées
par un avion ou un oiseau au sein même de la toile. Les membres
humains sont repartis sur toute le surface du tableau, suggérant
ainsi le détachement. Dès 1935, le climat de l'Espagne tendue,
toujours sous la menace d'une guerre civile, amena l'artiste à
peindre un univers tourmenté, angoissé. Il qualifia lui même
les tableaux réalisés pendant ces années de "peintures
sauvages". Les couleurs contrastent violemment, les
figures deviennent cauchemardesques, et une corde, symbole de
violence, apparaît. d'après Man Ray, la corde est une réminiscence
de la peur ressentie par Miró lorsqu'il faillit être pendu, lors
d'une discussion animée entre artistes. Corde et personnages I, collage réalisé en
1935, fait partie de ces "peintures sauvages".
Chaque figure donne une impression de mort, de douleur et de
violence. On distingue quatre parties: à gauche, un homme au
visage rougi par endroit, qui se mord la main; une corde épaisse
qui touche, blesse ou étrangle les personnages du tableau; et
deux femmes aux seins nus, l'une aux yeux rougis, l'autre à l'oeil
cerné. Le rouge et le noir symbolise la mort, le sang, la
souffrance; le bleu contraste, et accentue l'impression de
malaise. Miró réalisa par la suite Corde et personnages II, où
la corde reste l'élément centrale de la toile.
Accueil principal
~~~~ Sources utilisées ~~~~

"Celui qui s'évertue à comprendre
une peinture de Miró n'arrivera peut-être pas à l'aimer"
Janis Mink - Benedikt Taschen
"Au
moment de travailler à un paysage, je commence par l'aimer, de
cet amour qui est fils de la lente compréhension. Lente compréhension
de la grande richesse de nuances - richesse concentrée - que
donne le soleil. Bonheur d'atteindre dans le paysage à la compréhension
d'un brin d'herbe - pourquoi le dédaigner? - ce brin d'herbe
aussi beau que l'arbre ou la montagne."
Terre Labourée ci-contre, peint entre 1923 et 1924, reprend
le thème de La Ferme
de 1922; mais cette fois, la réalité a complètement disparu.
La comparaison entre les deux styles est significative. Miró a mûri
en l'espace de quelques années, et s'est trouvé un style
personnel. On y reconnaît la ferme en arrière plan, les arbres
et les divers animaux; mais tous ces éléments sont déformés
et refaçonnés selon une forme de fantastique souriant. Le
langage pictural de Miró évolue en un système de signes et de
couleurs qui traduisent chaque élément de la nature et chargent
la moindre chose d'une résonance magique. 
Les dernières années
Créer sur tous les supports
Pendant les années de guerre, Miró avait travaillé
essentiellement sur papier, car les autres matériaux s'étaient
fait rares. A partir de 1947, l'artiste délaissa par moment la
peinture, au profit de la céramique, la lithographie et la
sculpture.
Fort de ce succès et en artiste toujours aussi fécond, il continua d'établir des projets de céramique avec Artigas, et se mit par la suite à faire des sculptures dont certaines étaient ensuite coulées dans le bronze. L'art plastique semble avoir fait revenir Miró aux "choses" qu'il aimait, vers les brins d'herbe, les insectes, les roches et tous les objets hétéroclites qu'il n'avait cesser d'amasser. Il façonnait des modèles de sculptures à partir de ces matériaux récupérés et chargea, dés 1953, le fils d'Artigas de transformer ces modèles en sculptures, qu'il modifiait parfois.
A la fin des années 60, il se lança dans une série de sculptures qu'il façonnait à partir d'objets hétéroclites et peignait dans des couleurs éclatantes. Il se dégage un tel humour de ces sculptures, comme celle de Sa Majesté ou Femme et oiseau réalisées en 1967/1968, qu'il est parfois difficile pour celui qui ne connaît pas Miró d'envisager que c'est là l'oeuvre d'un homme de 75 ans.
Lorsqu'il revient de temps à autre à son premier amour, la peinture, l'artiste pris plaisir à figurer un monde cosmique de nébuleuses orange et de soleils rouges, parfois entourés de signes en croix qui sont ses étoiles distinctives. tel fut le cas du Vol de la libellule dans le soleil ou Cheveu poursuivi par deux planètes, réalisés en 1968. La présence d'oiseaux est également fréquente au point qu'André Breton compare Miró à un arbre: "La présence des oiseaux est telle que c'est à croire qu'ils l'habitent comme un arbre et que cet arbre, quand ils doivent partir, se déplace pour se porter à leur rencontre." Dans Vol de l'oiseau au clair de lune, il est cependant difficile de savoir avec précision où se trouve le volatile. Quoiqu'il en soit,c'est parce qu'ils incarnent le mieux l'envol en toute liberté, que Miró a certainement tant aimés retranscrire les oiseaux sur ses toiles.
A mesure que Miró prend de l'âge, son oeuvre gagne en hardiesse. Il intègre alors régulièrement à sa toile une tâche, une raclure, un défaut de la toile, une coulure ou une éclaboussure. Miró brûle même une partie de ses toiles, comme la célèbre Toile brûlée I, de 1973. L'artiste établit un compromis entre le hasard esthétique, et l'étude des effets visuels.
Les toiles s'épurent également, comme le triptyque Bleu. Miró explique à ce sujet: "Il est important pour moi d'arriver à un maximum d'intensité avec un minimum de moyens. D'où l'importance grandissante du vide dans mes tableaux." Les formes, même réduite à leur plus simple expression, ne sont cependant pas abstraites: elles doivent toujours à la nature, et s'inspire d'elle.
Miró continua avec force et talent à créer des toiles aux gestes spontanés, signes prémédités, et couleurs éclatantes. Un peu tardivement, il réalisa en 1973 Mai 1968, éloge funèbre de la révolte étudiante à Paris. Femme et oiseau est la dernière oeuvre de l'artiste. Cette sculpture publique de 220 mètres en partie recouverte de morceaux de céramique, est installée dans un parc à Barcelone et s'intègre dans le mouvement de la ville et de la vie.
Miró exécuta au moins 2000 peintures à l'huile, 5000 dessins et collages, 500 sculptures et 400 céramiques. Ses lithographies, eaux fortes et autres oeuvres s'élèvent à 3500 pièces.
Tout au long de son histoire, l'artiste ne cessa de créer un art vibrant de couleurs et d'imaginaire. C'est pourquoi le poète Robert Desnos s'exclama: "Miró est mirobolant!".
~~~~
Retour en haut de page
~~~~